EXECUTED

EXECUTED

Entre 1982 et 1995, à la suite de l’exécution du condamné, un employé du TDJC, en charge de témoigner administrativement de la validité de la procédure et afin de clôturer le dossier, reporte sur la fiche de renseignements de la personne exécutée, la mention executed (exécuté) suivie de la date de l’exécution. Ce report est fait de la main de la personne en charge du dossier. Dans cette réalisation, la graphie singulière des mentions manuscrites de chacun des membres de l’administration judiciaire est l’objet d’une mise en valeur par augmentation de la densité et du contraste de cette zone du document. Les informations de l’ensemble de la fiche du condamné ne sont plus lisibles au profit de cette seule mention accompagnée de la date d’exécution et du prénom de l’exécuté. Le document est photographié pour apparaître selon un autre format et sous un autre support : celui du film inversible. Un ensemble de quatre-vingt diapositives reproduisant chacune un fragment de fiche administrative clôturée par la mention « executed » est chargé dans le panier circulaire d’un projecteur de diapositives pour être projeté en boucle sur une surface murale. Chacune des quatre-vingt mentions apposées est singulière et témoigne d’une identité, celle de l’exécutant. Réitérant ce même mot, « executed », l’exécutant confirme l’acte de mise à mort du condamné et témoigne de la validation de la sentence décidée et du bon déroulement de son exécution. C’est ce contact par l’écriture − lien personnel entre l’exécutant et l’exécuté − qui est au cœur de ce travail.

Death Row, selon ses trois déclinaisons, Races, Colours (Shades of Blue and Grey) et Executed, s’articule autour d’une même source d’information, celle du TDJC, et s’alimente de leurs informations archivées, présentes et à venir. Marquant l’étape ultime de deux cycles, celui de la fin d’un parcours judiciaire, assorti de celui de la fin programmée d’un parcours humain et d’une vie, Death Row prend place dans un appareil d’autorité et de pouvoir dont les informations sont régulièrement publiées et mises à jour sur Internet via le site de la TDCJ. S’alimentant de ces données publiques, ce travail opère un détournement des informations véhiculées par le biais du Web. Par des opérations plastiques de déconstruction et de réagencement, les informations prennent d’autres modes d’apparition, qu’il s’agisse de medium, de format ou de support. La capture de ces éléments me permet d’extraire des données humaines d’un appareillage judiciaire et de les resituer de nouveau sur un plan personnel. Cette boucle consistant à s’immerger dans un système afin d’en extraire des informations et d’en affirmer de nouveau les données personnelles qui y sont niées ou dévoyées afin d’être réinjectées dans le domaine public par le biais de publication, d’exposition, de projet éditorial ou d’affiche est une procédure récurrente de mon travail.

 

EXECUTED, 2015, 80 diapositives, projecteur de diapos à panier circulaire, dimensions variables.